Windows 8 en entreprise : atouts, enjeux et freins à l'adoption

Si les nouveautés les plus visibles de Windows 8 semblent essentiellement tournées vers le grand public, Microsoft ne désespère pas de séduire également les entreprises. Certaines ont déjà entamé des tests en conditions réelles : si leurs retours témoignent d'une vraie proposition de valeur, Windows 7 semble avoir encore de beaux jours devant lui.

Microsoft a mené plusieurs programmes pilote autour de Windows 8 avec des entreprises européennes clientes de ses programmes d'achat de licence en volume. L'éditeur avait réuni trois de ses clients early testers à Londres le 7 novembre dernier, pour un panel « cas client » à destination de quelques journalistes et analystes. L'exercice, convenu en ceci qu'un client invité par Microsoft évitera probablement de tenir des propos trop critiques, a tout de même révélé quelques enseignements quant à la façon dont les entreprises sont susceptibles d'appréhender ce nouveau système d'exploitation.

La question se pose d'autant plus que les premières études témoignent d'un intérêt modéré. Un sondage Forrester, donc les résultats ont été publiés jeudi, indique ainsi que 24% des départements IT envisagent dans l'absolu de déployer Windows 8, sans pour autant avoir déjà formalisé leur intention. ils étaient 49% à répondre favorablement en 2009 quand la question était posée pour Windows 7.

Microsoft, qui développe depuis fin 2011 le message commercial autour de Windows 8, ne manque toutefois pas d'arguments à faire valoir aux yeux des entreprises. Erwin Visser, senior director au sein de la division Windows Commercial, a ainsi longuement rappelé à quel point le contexte dit de « consumérisation de l'IT » impliquait que l'entreprise fasse de l'appétit de ses collaborateurs pour les usages numériques une force plutôt qu'un handicap.



« Windows 8 autorise une foule de nouveaux scénarios. C'est l'opportunité de combiner la vie professionnelle et la vie personnelle sur un même terminal, sans le moindre compromis sur la sécurité ou sur la conformité réglementaire », faisait ainsi valoir Erwin Visser, senior director au sein de la division Windows Commercial, lors de cette rencontre. L'incarnation de cette logique, c'est bien sûr le nouvel écran d'accueil de Windows 8, celui qu'il convient de ne plus appeler Metro, où sont susceptibles de cohabiter les icônes dynamiques d'applications « pro » et « perso ».

À ceux que cette porosité inquiéterait, Microsoft rappelle que l'entreprise garde la main sur ce qu'il est possible ou non de faire, y compris pour les terminaux utilisés en mobilité, avec des possibilités en matière de sécurité et de gestion du parc au minimum équivalentes à ce que permettait déjà Windows 7 avec des fonctions telles que DirectAccess. S'ajoutent ensuite les fonctions spécifiques à Windows 8 comme Secure Boot, le Dynamic Access Control, ou la gestion des Virtual Smart Cards sur les machines équipées d'une puce TPM.

Evolution ou révolution des usages ?

Reste à convaincre l'entreprise des bénéfices fonctionnels qu'est susceptible de lui conférer Windows 8, ce qui dans le discours de Microsoft passe essentiellement par deux axes : la possibilité de s'ouvrir plus largement aux « nouveaux » form factors que sont les smartphones, tablettes et PC convertibles, ainsi que l'ouverture de nouvelles perspectives en matière d'applications business.



Sur le premier volet, l'éditeur est servi par la profusion des terminaux annoncés dans la lignée de Windows 8, avec de très nombreux modèles de tablettes ou convertibles chez des marques purement grand public (Asus, Samsung, etc.), comme chez les fournisseurs attitrés du marché professionnel (Dell et HP en tête). Sur le second, Microsoft se fait fort de vanter les applications métier élaborées sur la base de son Windows Store - plusieurs éditeurs d'importance comme SAP ont d'ailleurs depuis annoncé l'arrivée prochaine de leurs propres logiciels, avec des exemples issus de l'univers B2B comme du B2C et signés Bank of America ou Foxcast.

Vincent Nicola Santacroce, responsable R&D et innovation au sein de Poste Italiana, confirme l'intérêt que peut revêtir la combinaison entre tablette tactile et application spécifiquement conçue pour tirer parti de l'environnement propre à Windows 8. 50 des commerciaux de la poste italienne ont ainsi été équipés de tablettes Windows 8 équipées d'une application dédiée à la vente permettant d'accéder très facilement aux données relatives au client ou à l'historique des propositions commerciales qui lui ont été faites.

Peter Scott, responsable technique pour les postes client chez British Telecom, voit aussi avec Windows 8 la possibilité d'améliorer l'efficacité de ses services en matière de gestion des coûts et de productivité. Chez cet opérateur, un quart des techniciens itinérants (soit environ 4 500 personnes) ont opéré la migration, équipés pour l'occasion de portables convertibles durcis Toughbooks de Panasonic. Une partie des services précédemment accessibles par le biais d'un interface Web ont été portés au sein d'une application Windows 8. Pour Peter Scott, il s'agit là d'une « brillante plateforme applicative », accessible à coûts réduits.

Tous deux indiquent avoir reçu des retours positifs de la part des utilisateurs concernés, lesquels soulignent les aspects « ludiques » de Windows 8. « Si la machine n'a pas été faite pour Windows 8, tout fonctionne bien, mais on ne profite pas des aspects séduisants », remarque tout de même Vincent Nicola Santacroce. Son homologue britannique souligne quant à lui que le collaborateur lambda - comprendre la personne pas particulièrement versée dans l'informatique - a besoin qu'on lui « montre quelques petites choses avant de commencer » à utiliser le système.

« Nous avons fait Windows 8 avec à l'esprit l'avènement du tactile, mais la proposition ne s'arrête pas là : elle porte aussi sur les performances, la mobilité, la sécurité et l'ouverture aux applications, qui même sans les bénéfices du tactile justifient la migration », reprend Erwin Visser quand les échanges semblent traîner trop longtemps sur la question de l'adhésion à l'interface Windows 8.

Parmi d'autres avantages identifiés, Peter Scott indique que la migration vers Windows 8 n'implique aucune modification d'importance au niveau de l'IT... tout en ajoutant que chez British Telecom a tout de même été opérée une mise à jour vers la dernière version en date de Windows Server et de System Center. Chez BT comme chez Poste Italiana, on ne fait pour l'instant pas grand cas de la proposition Windows RT.

Windows 8 en entreprise : d'abord sur les tablettes ?

L'expérience Windows 8 sera-t-elle étendue ? L'opérateur britannique explique faire évoluer son parc sur la base d'un cycle de vie de quatre ans par machine, avec lors des grandes phases de mise à jour, le choix de la version la plus récente de Windows, le reste du parc suivant alors dans les mois et années à suivre. Dans cette logique, une bascule vers Windows 8 parait donc envisageable, même si la composition du parc actuel et le taux de pénétration de Windows 7 en son sein n'ont pas été précisés.

Poste Italiana indique pour sa part compter quelque 125 000 postes, dont 100 000 sont des PC de bureau, avec un cycle de vie orchestré par la capacité à faire tourner correctement métier les applications métier. Aujourd'hui 95 000 postes doivent encore migrer de XP vers Windows 7 : Windows 8 n'a donc a priori rien d'une priorité, hors cas spécifiques tels que celui des commerciaux (500 seront équipés en tablettes d'ici la fin de l'année).

« Certains clients déploieront Windows 8 sur l'intégralité de leur parc, d'autres commenceront avec des scénarios spécifiques, et ce sera sans doute le point d'entrée pour beaucoup », confirme Erwin Visser. En attendant, Microsoft maintiendra ses efforts commerciaux autour de Windows 7.